Diversification des activités : interview d’un agriculteur

Le contexte économique, financier, ou même climatologique dans lequel se trouve l’agriculture française laisse place à l’incertitude. Incertitude quant à la pérennité du système agricole actuel, ou même à plus court terme aux revenus de l’exploitation agricole.

Alors, devons-nous nous tourner vers de nouvelles pistes ? Choisir la productivité ou le productivisme ? Est-ce nécessaire de chercher de nouvelles sources de revenus ?

… Faut-il se diversifier ? La réponse ne peut pas être aussi binaire qu’un oui ou un non. Il faut analyser les forces et les faiblesses de l’exploitation, et se poser les bonnes questions :

  • Quel est l’avenir du marché sur lequel j’aspire à évoluer ?
  • Ai-je du temps ?
  • Ai-je une capacité de financement suffisante pour un tel projet ?

Pour tenter de comprendre ce processus de réflexion, nous avons interviewé Rodolphe, agriculteur, pour qu’il nous parle de la diversification de ses activités agricoles.

Dans quel contexte avez-vous pris la décision d’amorcer un processus de diversification de vos activités agricoles ?

"J’ai repris l’exploitation familiale il y a 4 ans, avec initialement un assolement standard blé-orge-colza, et une fois tous les 3/4 ans un peu de pois. Nous avons une exploitation de taille modeste, donc installer une deuxième personne nécessitait que je trouve un moyen de pallier l’impossibilité de vivre correctement sur le revenu de la seule surface céréalière que je possédais jusqu’alors. La superficie n’était pas suffisante, et un assolement peu diversifié qui n’avait pas trop d’avenir."

En quoi consiste votre diversification ?

"En plus de garder la surface céréalière actuelle, je souhaitais profiter de l’opportunité de la région, nous sommes très proches d’agglomérations, voire dans l’agglomération pour certaines parcelles. L’idée est de faire d’un inconvénient un avantage et profiter de la population urbaine. C’est la raison pour laquelle je me suis tourné vers une seconde activité, des cultures maraichères (haricots verts, fraise, courgette, potiron…) avec une commercialisation en direct sous forme de cueillette libre-service."

Quelle a été la chronologie de votre projet ?

"Avant mon installation j’ai travaillé dans une cueillette, puis j’ai repris l’exploitation avec mon idée en tête. La 2e année, j’ai commencé toutes les démarches pour amorcer la diversification : trouver la parcelle, les investissements, dans quel sens m’orienter… et ce n’est que l’année suivante que j’ai eu ma première production."

Quels sont les objectifs de ce projet ?

"L’objectif principal rejoint le contexte, c’est de permettre à une deuxième personne de s’installer sur l’exploitation, et que nous soyons tous les deux capables d’en vivre.

Le deuxième objectif, plus social, est de répondre aux attentes des consommateurs urbains, sans intermédiaires. Les citadins sont sûrs de la provenance des produits, et c’est ce qui les fait venir dans ma parcelle plutôt que dans une grande surface. Il y a également une dimension pédagogique importante : expliquer le métier, faire adhérer mes clients à mon projet.

Le troisième objectif, et de pouvoir diversifier les sources de revenus, et de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier. Ces dernières années les productions grandes cultures ont été vraiment impactées par le climat (sécheresses, inondations), et des prix qui n’assument plus nos charges. Diversifier ses activités est donc aussi un moyen, à long terme, de diversifier ses revenus, ainsi que les étaler sur l’année."

Quels sont les grandes phases de ce projet de diversification ?

"En premier lieu je me suis penché sur le potentiel de commercialisation, j’ai la chance d’habiter à côté d’une agglomération, mais d’autres facteurs peuvent également rentrer en jeu pour évaluer son potentiel. Tout dépend de ce facteur, si on estime que la diversification est cohérente avec la situation géographique, alors on peut avancer vers la prochaine étape. Identifier ce qu’on peut faire et comment et ce qu’on a envie de faire.

La deuxième étape, c’est trouver le type de diversification qui va de pair avec le potentiel identifié. C’est en quelque sorte du marketing, il faut savoir quels seront les produits les plus pertinents pour la population, ou les industries, qui se trouvent autour de mon exploitation.  Budgéter les investissements et avancer.

La troisième étape, surement la plus lourde, c’est le financement de ma diversification, à court, moyen et long terme. Il faut en effet aussi prendre en compte qu’il faudra un certain investissement notamment pour le forage pour l’irrigation, des nouvelles parcelles…

Ensuite, il faut bien sur réfléchir aux prix de vente, je dois au minimum pouvoir couvrir mes coûts de production. Ce n’est pas évident d’estimer un prix. Il faut regarder les tendances existantes et analyser les possibilités en fonction de ma structure. Je pars du principe que les gens qui viennent sont prêts à payer la proximité et qualité.

A mes yeux, ce sont les quatre grandes étapes essentielles : une fois que l’on a une ligne directrice, un plan de financement et un prix fixé, on peut avancer. Ce n’est pas si simple que ça, j’ai mis tout de même 1 an à préparer ma diversification."

A partir de combien de temps peut-on espérer un retour sur investissement ?

"Le plus vite possible ! Le problème, si c’en est vraiment un, c’est que j’ai des investissements qui se mettent en place tous les ans, je ne pouvais pas assumer tous les coûts d’un seul tenant. Concrètement, Il y a tellement de facteurs qui rentrent en jeu, que c’est compliqué de donner une estimation. J’espère m’y retrouver d’ici 10/15 ans. En tous cas avoir amorti mes investissements même si le développement pour satisfaire la clientèle nécessite de se remettre beaucoup en question et continuer à innover."

Vous faites-vous suivre par un organisme pour vous accompagner dans votre diversification ? Si non, pourquoi ?

"Rien de révolutionnaire, je suis suivi par un CER, et par des conseillers de la chambre d’agriculture. Nous avons accès à des conseillers techniques qui sont bons, mais sur la technique pure. Ce que j’aimerais bien, c’est que ces conseillers soient un petit peu plus intrusifs et nous accompagnent réellement dans les prises de décisions. Cependant je comprends leur position délicate, c’est nous agriculteurs qui empruntons de l’argent sur leurs conseils, alors si ces recommandations s’avèrent bancales, c’est nous qui sommes en difficultés.

Je suis actuellement doublement dans ce cas, en plus de la diversification de mes activités, je souhaite changer mes techniques de travail pour passer sur une agriculture de conservation, et nous en sommes qu’au balbutiement du conseil. Les seuls moyens à notre disposition sont les groupes d’agriculteurs, où chacun effectue des tests, et partage ses résultats avec les autres. Mais ça me plait même si là encore il faut pouvoir assumer les risques."

Auriez-vous un conseil pour ceux qui souhaitent se diversifier ?

"Il faut réussir à allier une activité qui vous plait, en cohérence avec votre exploitation, tout en prenant bien en compte la charge de travail, il n’y a que 24h dans la journée."

 

Merci Rodolphe

 

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