Pas de réussite de l’AgTech sans agronomie ni l’expertise des agriculteurs

Le 12 juin 2018 le LFDAY s’est tenu à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris. Cette deuxième édition du « Ferme Digital Day », du nom de l’association éponyme qui fédère ; entre autres, une vingtaine de sociétés de l’AgTech, a regroupé une centaine de sociétés. L’occasion de constater qu’aujourd’hui de plus en plus de capteurs sont proposés aux agriculteurs.

Des capteurs partout, et pour tout 

Qu’ils tiennent dans la poche ou non, qu’ils communiquent ou pas, qu’ils soient montés sur des drones, sur des tracteurs ou des machines agricoles, installés dans des bâtiments, dans des parcelles, des bottes de foin ou des silos, fixés sur des clôtures, enterrés dans le sol, posés autour du cou des animaux ou à l’intérieur d’eux, les capteurs sont partout et récoltent de plus en plus de données sur tout.

Parmi ceux présentés au LFDAY, on pouvait notamment découvrir :

  • - un capteur portatif pour déterminer en une minute la teneur en protéines, en sucres, en matière grasse et l’humidité d’un blé avec seulement quelques grains issus de la même parcelle ;
  • - une application smartphone mettant en œuvre de « l’intelligence artificielle et du machine learning » selon l’entreprise créatrice pour notamment calculer la densité réelle des pieds de maïs dans une parcelle. Pratique si l’on veut ranger son décamètre …
  • - plusieurs types de capteurs thermométriques : certains à installer dans des bottes de foin pour suivre l’évolution de leur température et pouvoir les rentrer plus tôt qu’actuellement, diminuant ainsi le risque de baisse de leur valeur nutritionnelle. D’autres à positionner dans les silos à plat de céréales, pour contrôler in fine l’apparition d’insectes et donc pouvoir diminuer le nombre de traitements insecticides ;
  • - également un nouveau capteur hyperspectral (qui enregistre toutes les bandes lumineuses, à l’inverse d’un capteur multispectral qui n’en capte que quelques-unes), que l’on peut installer sur un drone pour caractériser les ceps atteints d’esca dans un vignoble, ou bien monter sur des rampes d’épandage pour reconnaître la signature hyperspectrale des adventices et ainsi pulvériser précisément sur la cible un traitement herbicide adapté.

 

De la technologie sans agronomie ?

Implantation, fertilisation, irrigation, protection, récolte, stockage, météo, … très bientôt plus aucune donnée d’intérêt agricole n’échappera aux capteurs et à l’intelligence artificielle associée qui sera développée pour les brasser, les interpréter et faire ressortir clairement des choix possibles pour l’agriculteur. Car il s’agit d’un marché mondial dont les prévisions de croissance sont de l’ordre de 22 % par an jusqu’en 2025 pour atteindre 2 600 millions de dollars à cette date, selon une étude récente de Business Wire, une société de Berkshire Hathaway, le fonds d’investissement de « l’oracle d’Omaha » Warren Buffet.

Face à ce constat, les quatre intervenants de la table ronde « Agronomie et Data », organisée dans le cadre du LFDAY 2018, ont tenu à rappeler que l’agronomie et l’agriculteur deviendraient les clés de voûte de l’agriculture de demain, car cette agriculture de la décision sera intensive en connaissances.

Déjà, pour fournir conseils et recommandations, toutes ces données sont traitées par des modèles agronomiques ou zootechniques. Et ce soudain afflux de nouvelles données offre la possibilité d’explorer de nouvelles facettes des exploitations agricoles, de progresser dans la connaissance, d’affiner et tester les modèles existants et d’en construire de nouveaux. Ils devront impérativement être précis, robustes et éprouvés, sinon, comme l’ont dit les intervenants, les données captées conduiront juste à « faire de grosses bêtises avec beaucoup de précision ».

L’effort d’approfondissement des connaissances agronomiques et zootechniques par les différentes sociétés et organisations du monde agricole devra donc être au moins aussi important que l’effort de transformation des pratiques agricoles que vont continuer d’opérer les agriculteurs avec ces nouvelles technologies. C’est à cette seule condition que l’agriculture numérique tiendra ses promesses.

 

Agriculteur demain, un simple métier d'éxecutant ?

Les intervenants se sont également voulus rassurants concernant les futures intelligences artificielles qui seront utilisées par les nouveaux outils agricoles. L’agriculteur restera celui qui suivra ou non les recommandations, qui prendra les décisions finales, tout simplement qui décidera d’utiliser ou non l’IA ; car c’est lui qui connaît intimement ses sols, ses parcelles, ses animaux, leur historique et leur écosystème. Toute cette information précise qui manque dans les outils, c’est bien l’agriculteur qui la possède.

Une exploitation agricole est un système très complexe, aucune parcelle, aucun animal n’étant vraiment identique à un autre. En cela, les nouvelles technologies et les modèles associés restent généralistes, simplificateurs, puisqu’ils sont conçus pour fonctionner dans le plus grand nombre de situations possibles. Le succès de l’AgTech passera donc par la complémentarité entre ces technologies et l’agriculteur qui possèdera pendant encore longtemps l’information la plus précise sur son exploitation.

 Emmanuel Diner
Directeur de la publication @AgricutureConnectée

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